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Résumé
Gesond Gesellschaft duerch PräventiounLe fardeau des maladies chroniques et leur prévention au Luxembourg
Le fardeau des maladies au Luxembourg est dominé par les maladies chroniques, dont une grande partie sont évitables par la prévention. Il s’agit notamment du cancer, des maladies cardiovasculaires, des troubles musculo-squelettiques, de la dépression, de la démence, de l'obésité, du diabète et des maladies respiratoires chroniques. Les maladies chroniques représentent 83 % du fardeau des maladies au Luxembourg. En raison du vieillissement et de la croissance de la population, le fardeau des maladies chroniques pourrait augmenter d'environ 70 % d'ici 2050. Cette situation appelle à un renforcement de la prévention des maladies chroniques.
Le présent rapport analyse les quatre principaux comportements de santé — le tabagisme, la consommation d’alcool, la mauvaise alimentation et l’inactivité physique — qui contribuent le plus au fardeau des maladies chroniques. Il évalue également les inégalités sociales de santé. L’élément central du rapport est une revue des interventions de prévention primaire et populationnelles fondées sur les données probantes qui pourraient être mises en oeuvre au Luxembourg pour lutter contre les maladies chroniques.
Complémentaires aux interventions de prévention individuelles, les interventions populationnelles peuvent avoir un impact majeur sur la santé publique car elles ciblent les déterminants sociaux, économiques et environnementaux qui façonnent le cadre de vie afin de faciliter l'adoption de comportements sains dans tous les groupes de la population. En agissant sur ces déterminants tout au long du parcours de vie, la prévention populationnelle contribue à réduire les iniquités de santé, liées notamment aux inégalités en matière d'éducation, de revenus et de richesse, et favorise le vieillissement en bonne santé de l'ensemble de la population.
Le rapport fait le point sur l’adoption, au Luxembourg, des interventions de prévention primaire populationnelle, en les comparant aux « NCD best buys » de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les « NCD best buys » sont un ensemble d’options politiques rentables, qui ont démontré un bon rapport coût-efficacité, recommandées par l’OMS pour lutter contre les maladies non transmissibles (NCD pour non communicable diseases). En outre, le rapport donne un aperçu des interventions très susceptibles de produire un impact considérable pour la santé publique, incluant une estimation de l'effet d'une augmentation du prix du tabac sur le fardeau des maladies chroniques au Luxembourg.
Les principaux facteurs de risque
Le rapport examine quatre facteurs de risque majeurs, selon des déterminants démographiques et socio-économiques.
Tabagisme : En 2022, 19 % des adolescents âgés de 11 à 18 ans avaient déjà consommé du tabac au cours de leur vie. Chez les adultes, la prévalence du tabagisme quotidien a diminué de 26 % en 2001 à 15 % en 2014. Cependant, les progrès ont stagné depuis, la prévalence étant toujours de 15 % en 2024. Chez les personnes ayant un niveau d'éducation de base, le tabagisme quotidien est plus répandu que chez les personnes d’un niveau plus avancé.
Consommation d'alcool : En 2022, 43 % des adolescents âgés de 11 à 18 ans avaient déjà consommé de l’alcool au cours de leur vie. Chez les adultes, la prévalence de la consommation quotidienne d’alcool et de la consommation excessive d’alcool hebdomadaire (binge drinking) est plus fréquente chez les personnes ayant un niveau d’éducation de base que chez celles d’un niveau plus avancé.
Mauvaise alimentation : En 2022, un adolescent de 11 à 18 ans sur quatre (25 %) consommait des fruits et légumes quotidiennement. En 2019, 14 % des adultes consommaient au moins cinq portions de fruits et légumes par jour. Tant chez les enfants que chez les adultes, le taux de consommation quotidienne de fruits et légumes est plus faible dans les groupes socialement défavorisés que dans les groupes plus favorisés.
Inactivité physique : En 2022, un adolescent de 11 à 18 ans sur six (16 %) pratiquait au moins 60 minutes d'activité physique par jour. En 2019, 21 % des adultes pratiquaient chaque semaine des activités aérobiques et de renforcement musculaire, conformément aux recommandations en matière d'activité physique. Les enfants et les adultes dont la situation socio-économique est plus favorisée respectent plus souvent les recommandations en matière d'activité physique que ceux dont la situation est moins favorisée.
La mise en oeuvre de la prévention primaire des maladies chroniques selon l’approche populationnelle
Ce rapport se concentre sur les interventions de prévention primaire selon une approche populationnelle pour lutter contre les quatre principaux facteurs de risque, en se basant sur les « NCD best buys » de l'OMS. Ces interventions constituent la pierre angulaire des stratégies de santé du Plan d’action mondial de l’OMS pour la lutte contre les maladies non-transmissibles 2013-2030. Leur mise en oeuvre effective requiert l’action coordonnée de multiples acteurs des secteurs publics et privés, ainsi que le soutien de la société civile.
Tabagisme : Les « NCD best buys » de l'OMS pour la réduction du tabagisme ont été partiellement mis en oeuvre au Luxembourg. Cependant, les produits du tabac restent peu coûteux et sont faiblement taxés. L'augmentation du prix du tabac pourrait entraîner une réduction relative rapide et significative du fardeau des maladies chroniques. Plus l'augmentation du prix du tabac est importante, plus les bénéfices pour la santé publique sont grands.
Consommation d'alcool : Les « NCD best buys » de l'OMS visant à restreindre la publicité ont été mis en oeuvre qu’à titre limité. Néanmoins, le Luxembourg applique des droits d'accises peu élevés, n'impose pas de prix minimum pour les boissons alcoolisées et ne limite pas les plages horaires de vente. En conséquence, l'alcool est facilement disponible et peu coûteux. Les « NCD best buys » visant à limiter l’accessibilité financière, telles que la taxation et l’instauration d'un prix minimum, pourraient avoir un impact important sur le fardeau des maladies chroniques liées à la consommation d'alcool au Luxembourg.
Alimentation saine : Le Luxembourg encourage activement une alimentation et des modes de vie sains par le biais de campagnes publiques inclusives, de programmes dans les écoles et sur les lieux de travail, et d'actions de sensibilisation auprès des personnes âgées. Dans les écoles et les structures d'accueil des enfants, les politiques de marchés publics pour les produits alimentaires favorisent l'accès à des repas équilibrés et durables, mais des normes nutritionnelles légales plus claires renforceraient leur efficacité. Cependant, le caractère volontaire de l'étiquetage nutritionnel limite son impact sur les choix des consommateurs et il n'existe aucune mesure visant à protéger les enfants contre le marketing d’aliments nocifs pour la santé. En outre, les mesures visant la reformulation des produits alimentaires afin de protéger la population contre la mauvaise alimentation et les mesures visant à l’amélioration de la valeur nutritionnelle de ces produits se limitent à la restriction des acides gras trans.
Inactivité physique : Le Luxembourg met en oeuvre diverses campagnes de communication, événements et programmes pour encourager l’activité physique. La mobilité active est intégrée dans le Plan national de mobilité 2035 et peut être davantage promue grâce à une communication axée sur la santé.