Délais d'attente en imagerie médicale - Fascicule 3

L'accès aux examens d'imagerie médicale est essentiel pour le diagnostic et le traitement des problèmes de santé, et des délais d’attente prolongés pour ces examens peuvent compromettre la sécurité des patients et la qualité des soins. La disponibilité des équipements et du personnel, si elle est limitée, contribue à l’allongement des délais d'attente, affectant la prise en charge des patients et, dans certains cas, induisant le recours à des examens ionisants non justifiés.

Face aux enjeux liés à l'accès équitable aux soins et à l’ajustement de l'offre en réponse aux besoins de la population, l'Observatoire national de la santé a complété la première étude menée en 2024, visant à objectiver les délais d'attente en imagerie médicale, fournissant ainsi des données robustes et des indicateurs fiables qui puissent soutenir la planification nationale de ces équipements. Cette mise à jour, couvrant les mammographies ainsi que les examens d’imagerie par résonance magnétique (IRM) et les examens par tomodensitométrie (CT) réalisés entre janvier 2023 et décembre 2025 a été menée en collaboration avec la Fédération des hôpitaux luxembourgeois (FHL).

Ce rapport a pour objectif principal de répondre aux questions suivantes :

  • Quels sont les délais d'attente pour les mammographies et les examens IRM ?
  • Comment ces délais d’attente ont-ils évolué au cours des dernières années ?

Ces deux questions sont analysées à la lumière d’éléments contextuels, du nombre d’équipements installés, de comparaisons internationales et du volume des examens réalisés. Les délais d’attente sont exprimés en proportion d’examens réalisés par tranche de délai (p. ex. 0-15 jours) entre la prise de rendez-vous et la réalisation de l’examen, et en délais médians par type d’examen.

Ce rapport ne permet cependant pas de déterminer si les délais mesurés sont appropriés pour garantir les meilleures chances aux patients en raison de plusieurs limitations liées aux données actuellement disponibles.

En outre, une analyse complémentaire a permis d’explorer les questions suivantes :

  • Quelles sont les caractéristiques (âge, résidence, affiliation) des patients ayant bénéficié d’une mammographie, d’un examen IRM ou d’un examen CT ?
  • Quels sont les bassins de recrutement des équipements d’imagerie médicale installés pour les examens planifiés et réalisés en ambulatoire ?

L’analyse du volume des examens CT vise à mieux comprendre la relation entre l’accès et le recours aux examens CT et IRM, ainsi qu’à en suivre l’évolution. La proportion d’IRM sur le total des examens CT et IRM est utilisée ici comme une mesure indirecte de la substitution des examens CT par des examens IRM, lorsque cette modalité est médicalement préférable.

Enfin, une analyse complémentaire porte également sur les examens IRM et CT réalisés chez les enfants âgés de 0 à 14 ans, le recours à ces examens n’étant pas anodin dans cette tranche d’âge, tant pour des raisons organisationnelles au sein d’un service d’imagerie médicale que pour des motifs de protection des enfants à l’égard des radiations ionisantes.

Résultats principaux

  • Mammographies : En 2025, 77,7% des mammographies réalisées dans le cadre du programme de dépistage organisé (PM) sont effectuées dans un délai de 60 jours suivant la prise de rendez-vous, 19,2% entre 61 et 180 jours, et 3,1% dans un délai supérieur à 180 jours. Les délais des mammographies PM se sont nettement raccourcis : la part des mammographies PM réalisées dans les 15 jours suivant la prise de rendez-vous a plus que doublé, passant de 20,8% en 2023 à 43,0% en 2025. Pour les mammographies réalisées en-dehors du programme, les délais sont plus longs : 46,9% sont réalisées dans un délai de 60 jours, et 35,5% dans un délai supérieur à 180 jours. Il convient toutefois de considérer ces différences avec précaution, en raison de la diversité des indications pour les mammographies hors PM.

Cette amélioration des délais survient alors que le volume total de mammographies réalisées a augmenté, passant de 46 837 examens en 2023 à 53 046 en 2025, soit une progression de 13,3%. Cette augmentation concerne à la fois les mammographies PM (qui représentent 51,8% du total des examens en 2025) et les mammographies hors PM.

Le raccourcissement des délais observés, conjointement à l’absorption d’un volume croissant de mammographies, s’inscrit dans un contexte de mesures structurelles et organisationnelles mises en œuvre entre 2023 et 2025 : modernisation du parc des équipements, mise en exploitation de deux équipements supplémentaires, et d’élargissement des plages horaires d’ouverture des services.

L’élargissement du PM aux femmes âgées de 45 à 74 ans à partir de juillet 2024 se traduit par une croissance rapide de la part des mammographies PM dans les nouvelles tranches d’âge concernées par le programme : en 2025, les mammographies PM représentent 51,6% des mammographies chez les femmes âgées de 45 à 49 ans, 68,6% chez les femmes âgées de 50 à 69 ans et 62,2% chez les femmes âgées de 70 à 74 ans. Cette évolution témoigne d’une adhésion précoce à l’extension du PM dans les nouvelles tranches d’âge éligibles.

Cependant, le nombre de mammographies PM réalisées chez des femmes de 50 à 69 ans a reculé entre 2023 et 2025, alors que l’impact de l’extension du programme aux femmes de 45 à 49 ans et aux femmes de 70 à 74 ans n’a pas encore pu se matérialiser entièrement à la date du 31 décembre 2025. Ce constat invite à une vigilance accrue de l’évolution du taux de participation au PM dans les différentes tranches d’âge.

La distribution territoriale des mammographies PM planifiées réalisées en ambulatoire montre une forte logique de proximité : pour près de 90% des résidentes des cantons du nord du pays, la mammographie est réalisée dans le canton de Diekirch, sur le site du CHdN à Ettelbruck. Le canton de Luxembourg, avec les sites du CHL et des HRS, concentre près de 90% des mammographies des femmes résidant dans ce même canton, ainsi que la majorité des mammographies des femmes des cantons de l’est du pays. Pour les résidentes du canton d’Esch-sur-Alzette, environ 70% des mammographies sont réalisées au CHEM, situé dans ce même canton, tandis que près de 30% le sont dans le canton de Luxembourg.

Le canton de Luxembourg présente également, pour toutes les années et tranches d’âge étudiées, le taux de mammographies PM pour 1 000 habitantes le plus élevé du pays. Les déterminants de ces différences territoriales ne peuvent être établis sur la seule base des données disponibles.

  • IRM : En 2025, 78,1% des examens IRM sont réalisés dans un délai de 60 jours suivant la prise de rendez-vous, dont près de 20% dans les 15 jours. Près de 7% des examens sont réalisés au-delà de 120 jours. Entre 2023 et 2025, les délais d’attente sont restés globalement stables, alors que le volume total des examens IRM réalisés a augmenté, passant de 95 546 à 121 576, soit une progression de 27,2%.

Cette stabilité des délais d’attente reflète une absorption efficace de la hausse de la demande, qui peut être mise en lien avec l’optimisation des capacités existantes, notamment l’élargissement des plages horaires de fonctionnement des équipements, ainsi qu’avec l’exploitation de deux équipements supplémentaires.

Les examens IRM sont, dans près de 9 cas sur 10, planifiés et réalisés en ambulatoire. Ils concernent principalement des personnes résidentes affiliées à la CNS, qui représentent 83,3% des examens en 2025. Les non-résidents, tous statuts d’affiliation confondus, représentent 14,1% des examens planifiés réalisés en ambulatoire en 2025, une proportion en hausse depuis 2023.

L’évolution de la répartition territoriale des examens IRM, globalement stable entre 2023 et 2025, montre l’impact de l’installation d’un nouvel équipement IRM à Wiltz en mars 2024 sur la distribution des examens réalisés dans le nord du pays. Elle a notamment renforcé le recours à l’offre IRM du canton de Wiltz pour les résidents de Wiltz, Clervaux et, dans une moindre mesure, Redange. Le recours à l’équipement IRM du canton de Grevenmacher, déjà installé en 2023, n’a quant à lui que faiblement évolué pour les habitants de ce canton entre 2023 et 2025. Le canton de Luxembourg reste un pôle majeur de réalisation des examens IRM en ambulatoire et draine les résidents de différents cantons.

Rapporté à la population résidente, le recours à l’IRM augmente dans la plupart des cantons entre 2023 et 2025. Cette progression est particulièrement visible dans le nord du pays, notamment à Diekirch, Wiltz, Clervaux et dans plusieurs cantons limitrophes. À l’inverse, le canton de Luxembourg, pôle d’attraction pour les habitants des autres cantons, présente le recours à l’IRM le plus faible rapporté à sa population. Les déterminants des différences territoriales et des flux de patients observés ne peuvent être établis sur la seule base des données disponibles.

  • CT : Les délais d’attente pour les examens CT ne font pas l’objet de cette mise à jour car l’accessibilité à ces examens n’est pas considérée comme problématique au Luxembourg. L’enjeu porte sur le volume d’examens réalisés, le Luxembourg présentant un taux d’examens CT par habitant supérieur à celui de ses pays voisins et à la moyenne européenne. Entre 2023 et 2025, le nombre total de CT réalisés est passé de 171 700 à 194 658, soit une progression de 13,4%, dont près de 40% sont réalisés en ambulatoire. Pour ces derniers, la répartition territoriale des examens montre une logique de proximité stable et superposable à celle qui est observée pour les IRM en 2025.
  • Transition CT vers IRM : Au cours de la période 2016-2023, la proportion d’examens IRM dans l’ensemble des examens IRM et CT a augmenté au Luxembourg, passant de 29,0% en 2016 à 34,0% en 2023, dépassant ainsi la Belgique et les Pays-Bas. Cette progression se poursuit entre 2023 et 2025, avec un ratio atteignant près de 39% fin 2025. Des disparités sont toutefois observées entre les établissements.
  • Imagerie médicale chez les enfants âgés de 0 à 14 ans : Le recours aux examens IRM et CT chez l’enfant fait l’objet d’une analyse complémentaire, en raison des modalités organisationnelles et des précautions spécifiques qui leurs sont applicables.

Conformément à la concentration des services nationaux dédiés à l’enfant au CHL, cet établissement concentre la majorité des examens IRM pour les enfants de 0 à 14 ans. La quasi-totalité des examens IRM pour les enfants de 0 à 4 ans (99,3%) y est réalisée. Cette proportion diminue à 77,5% pour les enfants de 5 à 9 ans et à 46,7% pour les enfants de 10 à 14 ans.

Pour les examens CT, la distribution diffère selon les groupes d’âge. Le CHL réalise la majorité des examens CT pour les enfants de 0 à 4 ans, tandis que le CHEM occupe une place plus importante chez les enfants de 5 à 14 ans. De 2023 à 2025, le taux de recours aux examens CT chez les enfants de 0 à 14 ans résidents du canton d’Esch-sur-Alzette se situe entre 16,9 et 17,6 examens pour 1 000 enfants de cette tranche d’âge, soit un niveau bien supérieur aux taux de recours observés pour les autres cantons.

  • Comparaisons interhospitalières : Certaines disparités observées entre établissements hospitaliers en matière de délais d'attente et de volumes réalisés peuvent être liées à des modalités organisationnelles internes, telles que l’amplitude des plages d’ouverture des équipements. L’interprétation de ces différences nécessite toutefois des informations complémentaires, comme les motifs des examens réalisés, leur complexité, leur degré d’urgence clinique ou le délai médicalement recommandé pour leur réalisation. Ces informations n’étant pas disponibles dans le cadre de cette analyse, les comparaisons interhospitalières doivent donc être interprétées avec prudence.
 

Limites et perspectives

Comme déjà précisé dans l’édition précédente, l’analyse des délais d’attente pour les examens d’imagerie médicale comporte plusieurs limitations liées aux données actuellement disponibles, même si certaines améliorations ont été apportées à la collecte de données.

L’inclusion du critère de résidence par canton ou pays de résidence permet désormais d’apprécier la part des non-résidents dans le total des examens réalisés, ainsi que d’analyser la distribution territoriale des examens réalisés selon le canton de réalisation de l’examen et le lieu de résidence du patient. Ces informations sont utiles pour la planification de l’offre sur le territoire.

En revanche, l’absence de documentation structurée du motif des examens, de leur complexité et du délai médicalement indiqué pour leur réalisation rend impossible toute appréciation qualitative des délais d’attente. Certains examens complexes peuvent nécessiter plus de temps, mobiliser davantage de personnel et diminuer la disponibilité effective de l’équipement. Or, ces examens ne sont pas systématiquement identifiés dans les systèmes RIS/PACS. Par ailleurs, les délais documentés selon la méthode choisie ne reflètent pas la première disponibilité du service d’imagerie pour l’examen, mais le délai effectivement convenu entre le service d’imagerie et le patient.

Toutefois, les développements prévus dans le cadre de l’Espace européen des données de santé constituent des opportunités importantes. La mise en œuvre systématique et le déploiement national digitalisé du formulaire de demande d’examen d’imagerie médicale, incluant les éléments de justification de l’examen demandé, ainsi que le versement automatique des résultats des examens réalisés dans le dossier de soins partagé du patient, constituent des avancées susceptibles de soutenir une documentation structurée des examens d’imagerie médicale et de leur motif. À terme, ces données pourront être exploitées à des fins de planification et d’optimisation des ressources en fonction des besoins documentés, visant à garantir un accès approprié et équitable à ces modalités d’imagerie.

L’intégration d’une aide à la décision clinique au formulaire numérique de demande d’examen, basée sur les recommandations de la Société européenne de radiologie et validée par le Conseil scientifique du domaine de la santé, facilitera également le choix de l’examen et du délai les plus appropriés à la situation clinique du patient.

D’autres perspectives peuvent également être envisagées pour soutenir l’organisation des examens d’imagerie médicale pour des examens usuels, comme la centralisation de la prise de rendez-vous pour les mammographies réalisées dans le cadre du PM.

Recommandations

Pour répondre aux défis identifiés en matière de délais d’attente et d’optimisation des ressources en imagerie médicale, quelques recommandations stratégiques peuvent être proposées :

  • Assurer un suivi systématique des indicateurs en imagerie médicale : La croissance démographique et l’évolution des recommandations et des techniques en imagerie médicale impose d’établir une surveillance stratégique de l’utilisation des équipements et des délais de réalisation des examens pour soutenir une planification raisonnée des équipements sur l’ensemble du territoire et du personnel qui leur est dédié. L’ObSanté propose de recourir à une sélection d’indicateurs-clés à cette fin, mis à jour annuellement. Si toutefois une surveillance plus rapprochée était souhaitée, d'autres acteurs du système de santé pourront mettre en œuvre une veille sanitaire reposant sur les indicateurs présentés dans ce rapport.
  • Améliorer la documentation des examens d’imagerie médicale : L'analyse des délais d'attente pour les examens d'imagerie médicale présentée dans ce rapport montre des tendances générales. Cependant, la finesse de l’analyse est limitée par la nature des données disponibles. En particulier, l'absence de documentation structurée sur le motif des examens, leur complexité et le délai recommandé pour leur réalisation entrave toute évaluation qualitative des délais mesurés. C’est particulièrement vrai pour les mammographies réalisées en-dehors du programme de dépistage organisé, dont les délais ne sont pas interprétables en raison de la diversité des indications médicales sous-jacentes. L’adoption généralisée d’une demande d’examen d’imagerie médicale structurée, actuellement en cours de déploiement, permettra de renseigner le motif médical de l’examen, sa complexité et le délai recommandé pour sa réalisation.
  • Améliorer la justification des examens d’imagerie médicale : La réalisation d’examens d’imagerie médicalement non justifiés est susceptible d’induire une saturation des capacités d’accueil des équipements et du personnel, et d’avoir un impact négatif sur les délais d’attente. L’intégration, au logiciel de prescription, d’un outil d’aide à la décision clinique basé sur les recommandations de la Société européenne de radiologie, permettra de faciliter le choix de l’examen approprié et du délai de sa réalisation, tout en améliorant la justification médicale des examens prescrits et en soutenant une communication transparente avec le patient. Un nouvel audit de la justification des examens CT et IRM apparaît également nécessaire pour apprécier l’évolution des pratiques depuis 2023, notamment dans un contexte d’augmentation du volume d’examens IRM et de progression du ratio IRM / (IRM + CT).
  • Promouvoir un usage approprié de l’imagerie médicale auprès des patients et des demandeurs (prescripteurs) : Considérant que l’accès aux examens d’imagerie médicale est soumis au niveau de saturation des équipements d’imagerie, il n’est pas inutile de rappeler ici l’importance de renforcer l’éducation des patients et des prescripteurs sur l’usage approprié des examens d’imagerie médicale. Plusieurs initiatives existent, telles que les 7 fiches de la boîte à outils diffusée en 2019 au Luxembourg, la "Do-not-do list" du NICE, les guides iRefer, iGuide et la campagne Choosing Wisely, pour encourager des discussions informées sur la pertinence des examens, réduire les soins de faible valeur ajoutée, et indirectement faciliter l’accès aux examens d’imagerie médicale aux patients qui en ont besoin.

Ces recommandations pourront alimenter une feuille de route nationale pour répondre aux défis identifiés en matière d’imagerie médicale et garantir un accès équitable et approprié à ces examens. 

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